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A la rencontre des nomades

L’association TEJ pour la santé d’El Oued a organisé le 25 décembre 2009 la deuxième sortie dans le cadre du projet « Caravanes médicales chez les nomades du désert (soins pour enfants et femmes) » soutenu par le programme Joussour à travers le Fonds d’Aide aux Initiatives Locales FAIL. Reportage.

C’est connu, le désert algérien est l’un des plus beaux au monde. Mais cette beauté n’a d’égale que la misère des nomades qui y vivent dans le dénuement le plus total. Loin des conditions basiques d’une vie décente. Organiser des caravanes médicales pour aller à la rencontre de ces nomades en vue de les soulager un tant soit peu, tel est le défi que s’est fixé l’association TEJ pour la santé de Guemar, dans la wilaya d’El Oued.


Durant un week-end, elle a organisé la deuxième caravane médicale dans la cadre du projet financé par le programme Joussour au profit des nomades du nord-est de la wilaya. La caravane est composée d’une équipe médicale et des bénévoles de l’association. Un pharmacien et 11 médecins composent l’équipe médicale, dont 8 femmes de différentes spécialités, tous bénévoles. « La majorité de malades sont des femmes et des enfants, explique Ali Nadjib Bey président de l’association. Or, seuls les médecins femmes ont accès à cette catégorie. »

Le départ est fixé à 5 heures du matin. A notre arrivée, à 4h 30, les préparatifs sont déjà avancés. Nourdine, le chef de la caravane est inquiet. Des six véhicules 4X4 prévus, seuls trois sont déjà arrivés. Le téléphone scotché à son oreille, il n’arrive visiblement pas à joindre Belgacem, le guide et le conducteur du 4X4 qui doit transporter les médicaments. « A la limite, explique-t-il, je peux me passer des autres véhicules, mais de Belgacem, c’est lui qui connait les nomades. »

En effet, la sortie d’aujourd’hui a été précédée d’un repérage effectué une semaine auparavant en compagnie de Belgacem. Ce dernier arrive. Soulagement de Nourdine. Les caisses de médicaments peuvent enfin être chargées et le signal de départ est donné. La caravane s’ébranle. Direction nord-est. Nous roulons longtemps avant de rencontrer des vendeurs de bétail en route vers Guemar. Ils nous arrêtent. L’un d’eux est souffrant. Le médecin l’examine. Le pharmacien lui remet les médicaments prescrits. Nous reprenons la route.

Garat Hamma, à 40 Km de Guemar. 4 familles attendent notre arrivée au bord de la route. Le bouche à oreille a visiblement bien fonctionné. Une tente mobile est vite dressée à l’écart. «  Elle utile pour un minimum d’intimité sans lequel une consultation digne de ce nom est impossible, nous dit Nourdine. »



Les patients défilent devant la tente médicale. De temps à autre, les médecins viennent vérifier que tel médicament est disponible. Entre temps, les bénévoles de l’association distribuent des produits hygiéniques, des habits et des chaussures.
Une demi-heure plu tard, 19 ordonnances atterrissent chez le pharmacien. Un médecin explique au chef de la caravane le cas de la petite Soumaya atteinte d’une tuméfaction du dos ou myeomeningocaele, qui nécessite un suivi et une prise en charge. Belgacem, le chauffeur-guide est chargé de suivre son cas.

La caravane reprend son chemin. Belgacem nous fait faire un détour de quelques kilomètres pour voir une famille composée de deux frères, une femme et deux gosses. Les médecins prescrivent 4 ordonnances. Les bénévoles distribuent les dons, faisant au passage le bonheur des enfants. Nous profitons de la halte pour une pause café.

 A une dizaine de kilomètres, un garçon nous attend depuis l’aube pour nous conduire à sa famille. Au cours du chemin, il nous explique que son père est décédé. Pour survivre, toute la famille fait de l’élevage pour le compte d’un privé.
Les médecins délivrent 7 ordonnances. Plus loin, une autre famille attend notre visite. La femme est enceinte de 8 mois. Elle n’a pas encore vu de médecin depuis le début de sa grossesse. Heureusement pour elle, tout va bien pour elle comme pour son bébé.

12h 30. Direction Garat Errahaima. 3 familles ont parcouru une dizaine de kilomètres pour venir au point de rendez-vous fixé par Belgacem. Ils nous attendent depuis l’aube. Au total, 14 ordonnances. 14h. la caravane se scinde en deux groupes : les bénévoles dressent la tente pour préparer le repas. Les médecins vont visiter le dernier groupe de familles. Direction Garat Echekaima où 4 familles attendent. Nous distribuons les habits aux enfants quand soudain un médecin accourt et nous ordonne de tout arrêter et de nous éloigner des enfants : une famille est terrassée par ce qui a tout l’air d’être la grippe porcine. Elle cherche fébrilement du Tamiflu mais n’en trouve pas. Elle se tourne vers Nourdine : « Qu’allons-nous faire ? » Ce dernier, le visage blême, ne sait quoi dire. Moment de panique. Tout le monde a peur. Et si les enfants avec lesquels nous étions en contact étaient atteints ?




Le pharmacien propose un traitement musclé et suggère que Belgacem suive le cas. Ce dernier accepte à contre-cœur. « Nous te débrouillerons du Tamiflu, lui dit le médecin, comme pour le tranquilliser. » Nous décampons au plus vite. De retour au camp dressé par les bénévoles, Nourdine fait son rapport au président de l’association. « Mais pourquoi n’avons-nous pas ramené du Tamiflu, fulmine-t-il » Le pharmacien lui répond qu’il n’a pas pu s’en procurer.

Hocine, le chargé de la logistique, détend l’atmosphère en affirmant que le repas est prêt. « il faut toujours qu’un petit détail vienne gâcher l’ambiance, lance Nourdine, visiblement abattu. » Malgré ‘le petit détail’, l’ambiance bon enfant reprend. 16h40. C’est l’heure du retour. Belgacem rappelle que des familles attendent encore. Mais Nourdine est ferme : « Nous devons rentrer. Nous sommes à 140 Km de Guemar. Les autres familles, ça sera pour une autre fois. »

19h. Arrivée à Guemar. Une dizaine de bénévoles attendent notre arrivée. Nourdine nous convie à un débriefing. Il remercie tous les bénévoles et le programme Joussour qui a financé la caravane et annonce les chiffres :

- 55 consultations, dont 6 nourrissons (âgés de moins de 2 ans), 21 enfants (âgés de 2 à 15 ans), 23 femmes dont deux enceintes et 5 hommes.

Tout le monde se sépare avec le sentiment d’avoir été utile à quelque chose.


M. Mahiout
P.-S.

Le Blog de l’association TEJ http://tejguemar.blogspot.com/

 
 
 
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