Témoignages et interviews

Témoignage d’un expert : Joussour, une approche innovante pour renforcer les capacités des associations.

Mustapha Hamoumou est consultant et a participé au processus d’évaluation des projets du programme Joussour. Il en explique l’esprit et les mécanismes et comment l’objectif de renforcement des capacités du programme s’est diffusé en dehors des associations directement impliquées.

Au cours des deux dernières années, de 2008 à 2010, le programme concerté pluri-acteurs Algérie « Joussour » a œuvré au renforcement des capacités des ONG afin de consolider leur rôle d’acteur majeur dans les efforts de développement humain par la réduction de la vulnérabilité des enfants et des jeunes.

De par son caractère pilote, le programme Joussour a adopté une démarche innovante pour le renforcement des capacités des ONG. En effet, il s’est basé sur la mise en place de partenariats associatifs algéro-français. Le programme part ainsi du principe que le renforcement des capacités des associations résulte à la fois d’un processus d’apprentissage collectif par le travail et d’un accompagnement ciblé.

Le programme a agi notamment via des appels destinés à financer des projets associatifs innovants. Pour garantir une démarche de qualité, le programme a élaboré une procédure d’évaluation et de sélection des projets fondée sur la qualité et la rigueur à partir de critères préalablement définis.

Le processus d’évaluation des projets produits des appels d’offres s’est appuyé sur un partenariat clé, qui incluait des représentants du gouvernement français, des représentants des collectivités locales des deux pays, des représentants du Comité français pour la solidarité internationale (CFSI), des représentants des associations des deux pays et la coordination nationale du programme.

La collaboration de l’expertise pour l’évaluation des projets proposés aux financements tous fonds confondus a été reconnue comme une démarche judicieuse, qui a réussi à mettre en œuvre des mécanismes de sélection basés des critères d’ordre techniques mais aussi et surtout sur un dialogue permanent avec les différentes parties prenantes du processus de sélection. La sélection qui en a résulté, a fait l’objet, à divers stades, de discussions avec l’ensemble de ces parties prenantes.

Un Programme à dimension multiple

Le Programme s’est d’abord caractérisé par la diversité des acteurs associatifs directement impliqués. En effet, sur une durée de deux ans et à l’occasion de plusieurs appels à propositions, un nombre important d’associations algériennes et françaises a participé au programme : parmi elles, des ONG déjà connues et d’autres, plus artisanales et de moindre envergure.

Pluralité aussi, à l’égard de l’ancrage géographique des projets soutenus et réalisés : quatre wilayas représentant l’ensemble des régions d’Algérie ont été ciblées et touchées et plusieurs projets ont été conçus à l’échelle nationale.

Enfin, c’est aussi la variété des domaines d’intervention des projets qui constitue l’originalité du programme. Considérant que le combat contre la pauvreté et pour le développement de la jeunesse est incontestablement de nature multisectorielle, le programme a inclus des projets intervenant dans des domaines très variés (accessibilité aux services sociaux de base, lutte contre l’exclusion sociale, éducation de base, accessibilité des technologies de l’information, l’environnement, …etc.). Cela a également permis de laisser une véritable marge d’initiative aux associations et de les valoriser en tant que force de proposition et d’action.

Les nombreux projets engagés par les associations participantes au programme ont impliqué des associations locales. A travers des actions de formations, de plaidoyer et de mise en réseau, et via une implication directe des organisations de base à la mise en œuvre des activités, les associations participantes au programme ont contribué à leur tour à une qualification accrue de leurs partenaires associatifs locaux.

Par une sorte d’effet d’entrainement, l’objectif de renforcement des capacités de Joussour s’est donc diffusé en dehors des associations directement impliquées. A ce titre, elles se sont imposées en tant qu’associations relais à un niveau local, ce qui supporte une dynamique allant dans le sens de la durabilité des démarches initiées.

Des interdépendances qui unissent et des diversités qui enrichissent

En bref, je dirais que c’est dans ce contexte général de coopération et d’échanges fructueux que l’alliance autour du programme Joussour prend toute sa signification. Elle a répondu à une exigence de démocratie participative, elle à permis aux individus et aux organisations participantes au programme plus de visibilité, de se renforcer mutuellement, de réfléchir et d’agir en commun.

Elle a réussi à conjuguer en permanence les interdépendances qui unissent et les diversités qui enrichissent ; elle a répondu au désir d’autonomie et d’identité de chaque acteur en proposant aux uns et aux autres de " faire ensemble " sans pour autant renoncer à l’autonomie d’initiative de chacun. Et tout en privilégiant la mutualisation d’informations et d’expériences.

Hamoumou Mustapha : Expert évaluateur