Populations vulnérables

Société algérienne pour l’aide psychologique, la recherche et la formation - SARP -

Prendre en charge les familles victimes de violence : une priorité

La SARP est une association qui réunit des chercheurs et des psychologues et qui mènent des actions de formation. Elle accueille quotidiennement à travers les deux centres qu’elle a ouverts à Dely-Ibrahim et Sidi Moussa, des personnes ayant besoin de prise en charge psychologique ou d’accompagnement social.

Prendre en charge les familles victimes de violence : une priorité

La SARP est une association qui réunit des chercheurs et des psychologues et qui mènent des actions de formation. Elle accueille quotidiennement à travers les deux centres qu’elle a ouverts à Dely-Ibrahim et Sidi Moussa, des personnes ayant besoin de prise en charge psychologique ou d’accompagnement social.

Le local principal de la SARP est situé à Dély Ibrahim. Cette association, très active, regroupe des psychologues, des chercheurs de l’université d’Alger ainsi que des psychologues praticiens.

Le volet formation, qui a divers destinataires, est bien développé. Ces formations peuvent être de longue ou courte durée et concernent différentes techniques thérapeutiques (relaxation, thérapies brèves, bilan psychologiques...).
La SARP défend par ailleurs l’approche psychanalytique dans les formations qu’elle consacre à la psychothérapie. Au-delà de la formation, elle organise régulièrement des séminaires sur différents thèmes et poursuit ainsi la réflexion sur les pratiques qu’elle développe.

Les psychologues assurent en son sein des consultations ouvertes au public, aussi bien aux adultes, aux adolescents qu’aux enfants.

Le volet publications n’est pas en reste à la SARP ; des manuels et fascicules d’information et de sensibilisation à destination des intervenants sociaux (enseignants, éducateurs, associations, etc.) sont édités sur les thèmes de la santé mentale des adultes, des enfants et des adolescents. Un travail de conception d’outils de dépistage des troubles psychologiques chez l’enfant et l’adolescent scolarisé est engagé depuis 2006.

La SARP a été sollicitée par le CISP (Comité international de soutien aux populations), une ONG italienne, pour réaliser des entretiens avec des migrants vivant de façon irrégulière sur le territoire algérien, dans le cadre d’un projet d’aide au retour volontaire des immigrés clandestins sub-sahariens.
Cette action a duré deux années ; elle a consisté à identifier des migrants capables de monter des projets pour lesquels ils recevront un micro-crédit leur permettant un retour dans leur pays avec un projet viable. Pour cette mission, il a fallu faire un travail d’accueil, d’information auprès de ces populations, de motivation des personnes ainsi que l’évaluation des projets de retour.

Ce projet a enrichi l’expertise des chercheurs de la SARP ; il a permis un transfert de la méthodologie développée à des collègues du Maroc, qui ont souhaité effectuer le même travail dans leur pays. Par ailleurs les chercheurs de la SARP continuent à être sollicités pour intervenir lors de séminaires internationaux sur les questions migratoires au Maghreb.

La SARP a organisé en 1999 une enquête épidémiologique sur la santé mentale des populations de Sidi Moussa et sur les conséquences sociales et psychologiques des traumatismes consécutifs aux violences terroristes dans cette région tristement célèbre pour les massacres perpétrés à la fin des années 1990 (Rais, Bentelha, Bougara etc.) Un dur constat a été dressé par les professionnels de la SARP : les familles survivantes ont montré des troubles psychiques et une grande souffrance, liées aux pertes humaines, au spectacle insupportable des violences, à une situation sociale et administrative des plus précaires. Suite à cette étude, le Centre d’Aide Psychologique de Sidi Moussa voit le jour pour prendre en charge les populations vivant dans cette région.

Farida Lafer, assistante sociale à la SARP, raconte son expérience

Farida Lafer travaille comme assistante sociale au centre de Sidi Moussa. Elle raconte son travail et son expérience sans cacher sa révolte et son indignation face aux situations des familles oubliées par tous.

« Tout est là dit-elle, le poids de la culpabilité. Les questions récurrentes et qui restent sans réponses : pourquoi nous ? Qu’avons-nous fait ? ». Pour obtenir le statut de victime de terrorisme aux familles touchées ou réclamer un droit, Farida connaît par cœur le parcours du combattant. Elle sait que rien n’est simple. Voici son récit.

« Je travaille en majorité avec les familles victimes du terrorisme, les mères des disparus, les familles nécessiteuses... Chaque cas est compliqué et reflète la complexité de ce qui s’est passé dans cette région dans les années 1990. Il y a eu des conséquences graves, même pour les familles qui n’ont pas été directement victimes. Il ne faut pas oublier qu’elles ont assisté aux massacres de leurs voisins sans rien pouvoir faire.

Je me suis rendue compte, au travers des témoignages des personnes qui me sollicitent, que les autorités n’ont pas mentionné ou enregistré tous les massacres de la région. En réalité il n’y a pas eu de véritables enquêtes sur les circonstances de l’assassinat des habitants de ces villages. En conséquence, je continue jusqu’à présent à accompagner les familles pour déclarer la perte de leurs proches, à la fin des années 1990, lors d’attaques terroristes.

Comme cela s’est passé plusieurs années auparavant, il faut retrouver des témoins, prouver que la victime a été assassinée ; enfin, l’horreur pour les familles qui doivent revivre cela. Mais c’est un passage obligé pour espérer recevoir une indemnité. Au centre, une avocate assure la constitution des dossiers et un suivi psychologique nécessaire est proposé pour accompagner des mères et leurs enfants. Je dis bien les mères, car il y a très peu de pères qui viennent au centre.
J’accompagne alors les familles à la gendarmerie, au Ministère de la solidarité, à la mairie... Les administrations ont fini par m’identifier et savent pourquoi je suis là. J’habite à Sidi Moussa. À force, je connais les familles et leurs situations.
Il y a des familles qui cumulent tout, tant leur situation est grave : constitution du dossier pour obtenir le statut de victime du terrorisme, prise en charge psychiatrique du père, scolarisation des enfants en leur trouvant des places dans des centres de formation professionnelle, recherche de logement parce que la famille, après avoir quitté le lieu du massacre, vit dans un bidonville.
Je trouve aussi des places dans les colonies de vacances. J’avoue que je favorise toujours les filles ; les garçons ont toujours le terrain de football improvisé sur les terrains vagues...

On a ouvert une ludothèque dans le centre pour permettre aux enfants qui viennent consulter d’avoir des activités de divertissement, de jouer, de dessiner et de lire des livres ou de regarder un film. Les enfants sont heureux de retrouver des moments de leur enfance dans ce lieu qui leur est dédié. Pour nous c’est important que les familles qui viennent nous voir se sentent accueillies.
Il m’arrive de faire des visites à domicile. C’est dans ces conditions que je découvre un père malade, une jeune fille sans activité professionnelle, un enfant déscolarisé... Alors je leur propose de venir au centre pour une prise en charge et pour évaluer leurs besoins. C’est un énorme travail de mise en confiance qu’il faut faire.

Enfin, c’est une prise en charge globale, sur tous les fronts mais avec ses limites. Par exemple on a du mal avec les adolescents. Ils sont plus difficiles à prendre en charge. Ce sont des gamins qui ont tout vu. On essaye de les convaincre de suivre une psychothérapie. Ce n’est pas toujours gagné, quand on sait qu’ils ont assisté à l’assassinat de leur frère, mère ou sœur et vivent avec...
Mais ici on sait aussi que les choses viennent progressivement. Tout à l’heure la psychologue a parlé de l’importance de la régularité dans le suivi des familles. C’est très dangereux d’interrompre subitement une thérapie ou bien un accompagnement social.

Ce qui est magnifique ici, c’est le travail d’équipe qui est fait. Je ne me sens pas seule en tant qu’assistante sociale. Il y a des réunions régulières avec les psychologues et le juriste pour discuter de chaque cas. Le but est de trouver la meilleure solution possible et de partager nos difficultés. On ne peut pas tout garder pour soi. Et puis chaque famille cumule tant de difficultés...

C’est le cas de Madame Z, mère de huit enfants, une femme vraiment courageuse, luttant tous les jours pour protéger sa famille.

Un groupe de terroristes a détruit sa maison après plusieurs menaces dans un village de la région. En tentant de s’enfuir, ils sont poursuivis et son fils de 19 ans est enlevé. C’était en 1994. Ils trouvent refuge auprès de proches parents, dans un village à proximité de Médéa. En 1996, le père et son autre fils de 18 ans décident de rejoindre les gardes communaux. Ce fils est tué dans des circonstances mystérieuses et le père tombe gravement malade. Il est suivi en psychiatrie et est déclaré inapte au travail. Pour obtenir le statut de victime du terrorisme, j’ai dû faire des démarches auprès de trois wilayas (Alger, Blida, Médéa) ainsi qu’auprès de la gendarmerie de Sidi Moussa et Meftah, sans compter le Ministère de la Solidarité. Le dossier constitué a été envoyé au procureur général, c’est lui qui prend la décision. On attend toujours.

Les psychologues ont suivi les deux filles de Madame Z. Elles ont pu bénéficier de cours de couture au centre de formation professionnelle. Le père, comme je le disais, est très souvent hospitalisé. Aujourd’hui, la famille se bat avec notre aide pour garder l’appartement qu’ils ont eu dans le cadre des aides accordées aux gardes communaux, mais ce n’est pas gagné. »