Témoignages et interviews

Nouveaux territoires Fail : des avancées qui se confirment

Entretien avec Monsieur Mahiout Merhab, chargé de suivi FAIl à la suite de la clôture des appels à projets lancés dans deux nouveaux territoires : Bejaia et Biskra.

Monsieur Merhab, vous êtes le chargé de suivi du Fond d’appui aux initiatives locales (FAIL) initié par le programme Joussour et vous venez de clôturer deux appels à projets lancés dans deux nouveaux territoires à savoir : Biskra et Bejaia. Que pensez- vous de ce choix ?

On mesure la pertinence du choix d’un territoire sur deux niveaux. Premièrement sur la perception des associations et deuxièmement par l’adhésion et le rôle joué par les pouvoirs publics. Pour ce qui est du premier point, on a remarqué que ce qui est commun aux deux territoires, ce sont les besoins. Il y’a beaucoup d’associations -aussi bien à Bejaia qu’à Biskra- qui sont très actives, mais c’est une sorte d’activité un peu saisonnière qui dépend des financements et généralement les financements et les subventions parviennent à la veille de manifestations telles que le 1er novembre, le 5 juillet…etc. Donc les associations étaient en attente. Quant à l’adhésion des pouvoirs publics, c’est un peu divergent. A Biskra l’adhésion était moyenne. A Bejaia elle était très forte. Par exemple, le chef de service jeunesse à la DJS s’est lui-même impliqué et nous a assuré que même les projets qui ne seraient pas admis au cofinancement du FAIL seront appuyés par son service. Ce qui est encourageant et très positif.

Quelles sont les contraintes rencontrées sur place ?

Il y’a deux sortes de contraintes : Il y’a une contrainte exogène à l’association et une autre endogène. Exogène par rapport à la période de la mise en œuvre des projets qui a coïncidé avec la saison estivale, les vacances scolaires et le mois de Ramadhan. La difficulté a été de mobiliser les associations car la plupart travaillent avec les écoliers. Par exemple à Biskra, une quarantaine d’associations ont pris part à la formation mais au final 13 seulement ont pu monter des projets, à cause de la période qui n’est pas propice. Donc la période a limité la qualité, la quantité des projets et le nombre d’associations qui auraient pu déposer. Pour ce qui des contraintes endogènes, la plupart des associations ignoraient ce que c’était que la GCP (gestion cycle de projets), donc la qualité des projets s’en est ressentie. On a très peu d’associations qui maîtrisent l’outil GCP, la manière de passer de l’idée au projet et en plus il faut qu’ils élaguent leurs idées pour les faire rentrer dans le moule de la période de l’appel, ça a donné une qualité très réduite par rapport aux autres territoires.

Mais pensez vous que la formation qui n’a été que de trois jours a été suffisante pour aider les associations dans l’élaboration de leurs projets ?

Il y’a eu effectivement une contrainte de temps. En règle générale, pour bien maîtriser les outils, un cadre associatif à besoin d’au moins 3 à 4 formations ; c’est-à-dire accumuler une vingtaine de jours. D’habitude la GCP était dispensée pendant 5 jours mais par manque de temps, elle a été réduite à 3 jours seulement. Nous n’avions donc pu donner que des rudiments d’informations à des associations qui n’avaient jamais entendu parler de GCP auparavant. Tout cela a joué énormément en défaveur de la qualité.

La différence entre le tissu associatif de Bejaia et de Biskra ?

C’est trop tôt pour le dire. Il y’a certes un léger mieux à Bejaia, surtout en terme de qualité de projets qui ont été présentés, même les consultants l’ont remarqué et ils le disent, mais il faut voir et suivre la mise en œuvre pour pouvoir en juger, donc c’est un peu tôt pour se prononcer.

Côté pouvoirs publics, la réussite relative de Bouira et d’El Oued a décomplexé les pouvoirs publics des autres territoires. Que pouvez-vous nous dire sur ça ?

Il faut savoir que la réussite du programme à El Oued et Bouira a été pour beaucoup dans l’accord des pouvoirs publics à Bejaia et Biskra. Ils ont été rassurés. Donc de plus en plus les pouvoirs publics se décomplexent sur cette question et ça fait tâche d’huile. Plus on avance dans les territoires sans « dégâts » plus les autres sont encouragés à jouer le jeu. Je suis convaincu que jamais on aurait pu s’implanter à Biskra et à Bejaia si on avait fait un mauvais travail à El Oued et à Bouira. C’est une question d’accumulation qu’il faudrait voir de près et de suivre. Plus on accumule sur des régions plus ça nous ouvre d’autres régions et ainsi de suite.

Un mot sur le comité d’attribution ?

Pour faire une évaluation générale du CA, je dirais qu’il y’a des avancées qui se confirment. Premièrement l’audition des porteurs de projets qui facilite énormément le travail des membres du CA. On a essayé cela à Bouira et El Oued, ça a donné des fruits car les membres du CA décident en connaissance de cause et non pas seulement sur la base d’un papier. Parfois vous êtes face à une association qui a une idée quelconque mais qui sait bien la mettre en valeur, et à la fin vous vous rendez compte que le projet est faible. D’un autre côté, on a une autre association qui a une bonne idée de projets mais qui ne sait pas l’écrire d’où l’importance de l’audition qui permet de récupérer l’association. Aussi la participation des représentants des pouvoirs publics aux comités d’attribution permet de donner une image concrète de l’association dans son environnement. C’est cette complémentarité des points de vue entre les pouvoirs publics et les membres du CA qui est importante. Deuxièmement la possibilité offerte aux associations de déposer des projets dans la langue qu’elles maitrisent a décomplexé beaucoup d’entre elles. C’est donc tout cela qui participe à la qualité des CA.

Sinon, les deux CA se sont déroulés dans de bonnes conditions et on a retenu cinq projets pour chaque territoire. La qualité des projets ne nous permettait pas d’aller au-delà et puis nous avons comme tradition ou plutôt je dirais comme habitude de commencer dans un nouveau territoire par un nombre réduit de projets ensuite on va crescendo.

Merci Monsieur Merhab.