Lu dans la presse

Le réseau Nada et la question des enfants poussés à la mendicité

Selon le quotidien El Watan, le réseau algérien pour la défense des droits de l’enfant, Nada, a reçu sur son numéro vert (30 33) quelque 9000 appels d’enfants poussés à la mendicité

Annoncé par le ministère de la Solidarité, le projet de loi qui prévoit des dispositions dissuasives contre la mendicité n’a pas fait disparaître le phénomène.

On trouve partout des mendiants : aux carrefours, sur les passerelles, devant les pharmacies, les marchés, les mosquées… « Un enfant s’est agrippé à ma chemise. Il m’a supplié de lui remettre un peu d’argent. Je lui ai donné, sans que je m’en aperçoive, quelques pièces qu’il est vite allé remettre à sa mère installée devant un immeuble de la rue Hassiba Ben Bouali. Cette image ne m’a pas quittée depuis », raconte, peinée, Khadidja, qui croise sur son chemin, en allant au travail, des enfants qui mendient toute la journée. Seuls ou accompagnés d’adultes, des jeunes enfants tendent la main.

Une astuce qu’utilisent des adultes pour apitoyer les passants. « Je suis peiné de voir chaque matin des enfants installés à la rue Richelieu à Alger-Centre. La maman assise à même le sol et les gosses dormant des heures durant à ses côtés. La police passe sans interpeller leur accompagnatrice qui n’est peut-être pas leur mère », signale Kamel, habitant de la rue Didouche Mourad, qui a tenté de contacter des policiers en faction à la place Audin, « sans réussir à les faire réagir ».

Le réseau algérien pour la défense des droits de l’enfant, Nada, a reçu sur son numéro vert (30 33) quelque 9000 appels d’enfants poussés à la mendicité. « Nous remarquons que le phénomène de la mendicité est en constante progression. Nous avons reçu quelque 9000 appels sur notre numéro vert sur la période allant de juin 2010 à ce jour. L’âge des enfants varie (on trouve des nourrissons et des enfants de 15 ans et plus) », signale M. Arar, président du réseau Nada, dont le siège se trouve à la rue Didouche Mourad.

Les causes de ce phénomène récurrente : le divorce, les conflits familiaux et la situation précaire des parents. « Les problèmes de famille sont à l’origine de ce phénomène. D’après nos animateurs, de jeunes enfants, issus de familles pauvres, mendient avant d’aller à l’école. Ils sont victimes des maux qui gangrènent la société », relève M. Arar.

Y auraient-ils des réseaux qui exploitent des enfants ? Sans avoir beaucoup d’éléments, le président de Nada privilégie cette hypothèse. « On remarque que des adultes changent d’enfants. Des femmes mendient avec des enfants le matin et avec d’autres l’après-midi », signale notre interlocuteur. La justice a été saisie dans 10 affaires d’exploitation d’enfants. « Nous nous sommes portés partie civile dans des plaintes contre des inconnus après avoir reçu des appels d’enfants », relève le président de Nada.

Où est passé le projet de loi sur la mendicité ?

Un projet de loi qui prévoit des dispositions dissuasives contre la mendicité en Algérie devait être mis en place. Plus d’une année après l’annonce faite par le ministre de la Solidarité, le groupe de travail installé pour rédiger le texte n’a pas encore rendu ses conclusions. « Nous avons demandé à participer au groupe de travail. Notre réseau souhaite que les mesures ne soient pas seulement dissuasives. La pédagogie et l’éducation doivent être également privilégiées dans le traitement de ce phénomène », suggère le président du réseau algérien pour la défense des droits de l’enfant, M. Arar.

Chargées de la lutte, les autorités auraient pu s’appuyer sur un texte plus explicite. « Les dispositions contenues dans l’actuel code pénal (articles 195 et 196bis) sont souvent interprétées suivant les cas », assure un ancien commissaire qui a fait face à ce problème au niveau de sa circonscription. Les autorités ont affecté une enveloppe financière de 20 millions de dinars à un projet de réalisation d’« une enquête nationale sur le phénomène des réseaux de mendicité en Algérie », a précisé, en son temps, l’ex-ministre de la Solidarité, M. Ould Abbès. On n’en voit pas la trace.

Nadir Iddir

Consulter l’article sur le site d’El Watan