Populations vulnérables

Fondation Mahfoud Boucebci "Recherche et Culture"

Les limites du bénévolat

Pour beaucoup d’associations, le passage du bénévolat vers un fonctionnement professionnel est complexe. À la difficulté de mobiliser des bénévoles, notamment dans le domaine de la santé mentale et de la petite enfance, s’ajoute celle de trouver des financements qui permettent de couvrir les frais de fonctionnement ou de rémunérer des professionnels.

Les limites du bénévolat

Pour beaucoup d’associations, le passage du bénévolat vers un fonctionnement professionnel est complexe. À la difficulté de mobiliser des bénévoles, notamment dans le domaine de la santé mentale et de la petite enfance, s’ajoute celle de trouver des financements qui permettent de couvrir les frais de fonctionnement ou de rémunérer des professionnels.

« Être psychiatre, c’est emprunter une longue route, (...) Soigner la souffrance sans jamais en tirer profit, respecter l’homme dans son essence libertaire...  »
Mahfoud Boucebci, extraits, décembre 1990
Le centre Mahfoud Boucebci pour la prise en charge des enfants victimes de la maltraitance, a ouvert ses portes en 2001. Il est situé dans le nouveau quartier des Bananiers, une zone urbaine créée de toutes pièces à la fin des années 80, le long de l’autoroute de l’aéroport ; une immense cité qui plonge vers les « Pins maritimes », sur d’anciennes terres agricoles et qui accueillera à terme des dizaines de milliers d’habitants. Au début, les riverains voyaient avec méfiance l’arrivée des psychologues et psychiatres dans leur quartier. La confiance a été vite installée grâce à l’organisation de quelques activités de proximité et une bonne communication. « On a la côte maintenant » sourit Annette Boucebci, veuve du professeur Boucebci, qui a suivi l’avancée des travaux de la fondation mois par mois. Depuis décembre 1993, date de la création de la Fondation, celle-ci n’a pas cessé de promouvoir l’œuvre du fondateur de la psychiatrie algérienne, par des actions scientifiques et culturelles.

La Fondation Boucebci a été créée, en effet, quelques mois après l’assassinat du professeur Mahfoud Boucebci. Elle s’est fixée comme double objectif de pérenniser sa mémoire et son travail dans le domaine de la santé mentale, à travers un volet scientifique et un volet culturel. Elle a été constituée d’emblée par des gens de bonne volonté, dont des proches, des élèves ou des collaborateurs qui n’avaient jamais fonctionné dans l’humanitaire ou le bénévolat. Parmi ses objectifs : stimuler et animer des actions d’information, de formation et de recherche dans le domaine médical, psychologique, socio-éducatif et culturel. Ce n’est qu’après des années de bataille, que la fondation a pu obtenir un local, avec un système de location-vente, oû a été érigé le centre de prise en charge.

« Nous avons formé des équipes, quatre médecins psychiatres qui assurent des vacations, et l’équivalent de psychologues qui viennent de façon bénévole et volontaire. Nous avons également une psychologue qui est rémunérée par le mécanisme l’emploi des jeunes. Elle reçoit et oriente les personnes, les prend en charge dans le cadre de l’écoute et du traitement, et éventuellement de la psychothérapie », explique le docteur Abdelkader Ouaar. Ce vieux routier de la psychiatrie, qui est l’un des deux vice-présidents de la fondation, a exercé dans divers hôpitaux algérois, avant d’ouvrir son cabinet.

Il a notamment participé à mettre en place une équipe de psys après le séisme de Boumerdès en 2003 : « aujourd’hui nous nous sommes affinés », explique-t-il, « nous faisons de la prise en charge, et nous avons innové après le séisme en mettant au point une technique pour la prévention des troubles inhérents aux catastrophes naturelles. C’est une formation qui a donné de bons résultats ; l’Unicef nous a, par exemple, demandé de la dispenser dans certaines zones du Maroc touchées par le séisme d’Al Hoceima en 2004, et nous y avons envoyé une équipe. » Il s’agit d’apprendre aux enseignants à dépister eux-mêmes les enfants qui ont des troubles et qui nécessitent une prise en charge à la suite d’un grave traumatisme. Le fameux PTSD, syndrome post-traumatique.

Il reste aujourd’hui à pérenniser les activités de la fondation. « Un point noir » pour Annette Boucebci. Le gestionnaire du centre est rémunéré grâce à un mécène et il est difficile de garder une équipe qui n’est pas rémunérée. « Nous n’avons pas de financements qui nous permettent de faire des projets organisationnels et de terrain, » commente- t- elle. « Nous avions démarré sur une idée généreuse de bénévolat. Mais nous réalisons qu’il faut un personnel permanent et correctement rémunéré. Nous fonctionnons sur la base de projets, au coup par coup, et nous avons toujours eu de grandes ambitions. Le centre a été conçu dans les règles de l’art. Mais il est clair que le bénévolat à une durée de vie limitée... »
Comme beaucoup d’associations, le passage du bénévolat vers un fonctionnement professionnel est complexe. À la difficulté de mobiliser des bénévoles, notamment dans le domaine de la santé mentale et de la petite enfance, s’ajoute celle de trouver des financements qui permettent de couvrir les frais de fonctionnement ou de rémunérer des professionnels.