Populations vulnérables

Centre d’Information sur les Droits de l’Enfant et de la Femme -CIDDEF-

Une expertise au service des droits de la femme et de l’enfant

Le CIDDEF a été créé en 2002 sous l’égide d’une association culturelle. Il est devenu, sous l’impulsion de la juriste Nadia Ait-Zaî, un centre de référence sur les droits de la femme et de l’enfant, et prend de l’envergure en matière de recherche.

Une expertise au service des droits de la femme et de l’enfant

Le CIDDEF a été créé en 2002 sous l’égide d’une association culturelle. Il est devenu, sous l’impulsion de la juriste Nadia Ait-Zaî, un centre de référence sur les droits de la femme et de l’enfant, et prend de l’envergure en matière de recherche.

Le Centre d’Information sur les Droits de l’enfant et de la Femme, le CIDDEF, est installé dans un quartier calme d’Alger, au pied de la cathédrale du Sacré-Cœur. Fondé en 2002, sous l’égide de l’association culturelle M’Barek Aït Menguellet, le centre tend aujourd’hui à devenir une structure autonome de référence, sous la direction d’une juriste de renom, Nadia Ait-Zai. Cette avocate dynamique et engagée, qui enseigne à la Fac de droit d’Alger, est une figure du mouvement féministe, qui a fait un crochet par la politique.

Après des études de droit, Nadia Ait-Zai a travaillé au sein de la direction d’une entreprise publique, les Galeries algériennes. En 1977, elle est détachée à la mairie d’Alger centre, où elle est élue deux années plus tard en tant que première adjointe au maire : « c’était édifiant, se souvient-elle, on apprend beaucoup en tant que présidente de la commission des finances, en tant qu’officier d’état-civil ou de police judiciaire. On recevait le public et il fallait apprendre à gérer une mairie, avec une double casquette, la gestion proprement administrative et celle, politique, de monter des projets et de répondre aux besoins de la population. »

En 1984, à la fin de son mandat, elle démissionne de son poste administratif ; elle rejoint la Fac de droit où elle enseigne, et entre au barreau d’Alger où il lui arrive encore aujourd’hui de plaider. Elle est révoltée par la situation des femmes. C’est durant cette période tumultueuse de l’adoption du code de la famille que l’idée de la création d’un lieu de mémoire et de lutte du mouvement féminin a germé :
« nous n’avions ni local ni moyens, mais l’idée mûrissait. Je réfléchissais aussi à un lieu d’accueil et à la création d’un fond documentaire pour le mouvement associatif. À l’époque, le combat des femmes tournait autour du code de la famille, avec deux slogans, son abrogation et son amendement, or les associations féminines ne maîtrisaient ni l’un ni l’autre concept, et je pensais qu’il fallait avant tout se documenter pour argumenter... »

Le CIDDEF voit le jour en 2002. Dès sa création, ce centre fait le lien entre les questions de l’enfance et de la femme et entame une longue collaboration avec l’Unicef : « la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination et celle des droits de l’Enfant ont étés des axes de travail importants pour nous, explique-t-elle. Dans le droit algérien, les droits de la mère sont étroitement liés aux droits de l’enfant, je pense aux mères célibataires, aux enfants naturels, au divorce, à la garde, la tutelle... »

Deux ans après sa création, le centre met en place un service gratuit d’écoute et de conseil juridique sur ces questions. Des avocats reçoivent le public deux fois par semaine et la structure travaille en réseau avec des centres spécialisés, des associations ou des institutions comme la direction de l’action sociale (DAS). Le travail porte en général sur la violence, le divorce, la filiation.
Comme l’équipe du CIDDEF, les avocats sont bénévoles. « Et c’est rare, regrette Nadia Ait-Zai, notamment pour le travail intellectuel. Le bénévolat tourne uniquement autour de la bienfaisance, ou de l’humanitaire, comme distribuer des vivres... » Pour payer les charges - les bailleurs de fonds ne financent pas le fonctionnement - le centre donne également des cours d’informatique.
Dans les rayons du CIDDEF, plusieurs milliers d’ouvrages sont mis à la disposition de chercheurs, d’universitaires et du mouvement associatif. Une bibliothèque thématique est complétée par des documents audiovisuels, des CD-ROM et des documents archivés. Une grande salle dans les sous-sols de l’imposante église en béton permet d’organiser des rencontres ou d’organiser des débats. Entre 2004 et 2007, le centre prend de l’ampleur en matière de recherche, et multiplie les séminaires et conférences. Il traite de problématiques importantes et publie une série d’études sur la formation aux droits de la personne, les enfants en danger moral et physique ou la sensibilisation aux amendements du code de la famille. Actuellement, un sondage national est en préparation avec le soutien financier de l’Agence de coopération espagnole pour mesurer le degré d’adhésion aux valeurs égalitaires sur les droits des femmes, des enfants et adolescents.
Nadia Ait-Zai a également participé, en tant qu’experte de l’Unicef et à travers le CIDDEF, à la mise en place d’un Plan national d’action (PNA) en faveur de l’enfant, initié par le gouvernement. Elle en tire une petite fierté, mais reste pragmatique : « le travail de la société civile a été utile dans ces stratégies gouvernementales. Les grandes questions sur lesquelles nous avons travaillé et que nous avons développées par des séminaires ou des journées d’étude et de recherche ont été prises en compte, tout au moins les recommandations concernant le PNA ou la violence à l’égard des femmes. Il reste le politique, par exemple la question des quotas et du genre, le débat est lancé, nous avons des retours des partis politiques, du président de la République, de certaines institutions, c’est important... »

Le centre a acquis une bonne expérience dans le montage de projets, la mobilisation de fonds et les financements sont diversifiés. La formation devient également une pierre angulaire des programmes du centre. Plusieurs sessions ont été organisées avec des formateurs d’horizons divers, sur des thèmes comme la législation ou l’éducation aux droits de la personne, à Ghardaïa, Ain-Temouchent, Constantine : « nous avons bouclé deux formations sur le genre et l’économie. Nous allons passer rapidement à la formation de journalistes et de formateurs en direction des associations... C’est important pour nous et c’est une manière de créer un réseau et des relais. »

Les formations portent également sur le montage de projets ou la création de sites Web. En effet le CIDDEF veut se spécialiser dans le renforcement des capacités des associations, avec le concours d’un centre de recherche libanais... Tout un programme. Nadia Ait-Zaï aime répéter que « le travail n’attend pas ». Elle part du principe qu’il faut lancer les projets et que les ressources suivent. Et au CIDDEF, les projets ne manquent pas.