Environnement

Association pour la Protection de l’Environnement de Beni-Isguen-APEB-

Une histoire d’eau

« Nul ne peut dévier le cours de l’eau. » Adage populaire

L’association pour la protection de l’environnement de Beni-Isguen active dans le domaine de l’environnement à travers la réhabilitation des puits de la commune de Beni-Isguen. Elle organise des activités éducatives auprès des scolaires afin de les sensibiliser à la protection du patrimoine culturel et environnementale de l’oasis.

Une histoire d’eau «  Nul ne peut dévier le cours de l’eau. »
 Adage populaire


L’association pour la protection de l’environnement de Beni-Isguen active dans le domaine de l’environnement à travers la réhabilitation des puits de la commune de Beni-Isguen. Elle organise des activités éducatives auprès des scolaires afin de les sensibiliser à la protection du patrimoine culturel et environnementale de l’oasis.

Tout commence à la porte de Beni-Isguen, une des communes de Ghardaïa. Si on gravit les quelques marches situées au-dessus de l’Office du Tourisme de cette ville mozabite, on aboutit aux anciennes geôles de cette cité ancienne qui tiennent lieu, désormais, de local à l’Association pour la protection de l’environnement de Beni-Isguen.

M. Salah Baâli est président de cette ONG locale, bien organisée, engagée dans le développement durable et qui travaille essentiellement à sensibiliser les habitants à la protection de l’environnement.

Pour Salah Baâli, parler de l’environnement dans cette région aride - qui a un très faible taux de pluviométrie - signifie s’occuper de l’eau, de sa gestion, de son stockage et de son acheminement dans les foyers et les jardins. Tout cela pour lutter contre la désertification de cette région.

Cette association est constituée exclusivement de bénévoles. De 1989, date de sa création, à 2000, cette ONG a vécu des moments difficiles. Une action de force la fait sortir de l’anonymat. L’association s’est mobilisée pour empêcher la mise en place d’un centre de tri de déchets toxiques dans sa région. Le succès de l’opération, fortement médiatisée, a permis à l’APEB de devenir l’interlocuteur incontournable sur les questions de l’environnement.

Revenons à la question des puits et donc de l’eau. Avant de s’occuper de la réhabilitation des puits de Beni-Isguen, l’APEB a monté un projet de réfection du lit de l’oued N’tissa. Son désensablement a permis le rétablissement du fonctionnement du barrage et la récupération de 1000m3 d’eau. Ceci ne s’est pas fait sans peine, puisqu’il a fallu convaincre les riverains de reculer leurs jardins et habitations afin de récupérer le lit de l’oued.
Les conséquences de ce projet sont surtout d’ordre social, puisque l’inondation des habitations de Beni-Isguen a pu ainsi être évitée. Des entreprises locales ont été recrutées pour la réalisation technique de ces travaux. L’association a pu acquérir, grâce aux soutiens de fonds étrangers, un engin de dessablage et un véhicule tout terrain.

Les puits, un patrimoine culturel, historique et vital

« Nous avons compris qu’il était temps de réhabiliter ce que les anciens nous ont légué : une richesse, un savoir faire. Tout est lié ici. Le système de captation d’eau des crues par les puits est très ingénieux, permettant ainsi à cette région de prendre de l’essor, et de maintenir une très belle palmeraie qui produit à elle seule tant de richesses », commente Salah Baâli, lors de la visite des puits réhabilités et de ceux qui sont en cours de réhabilitation.

On dénombre vingt quatre puits réhabilités. Il s’agit d’un travail minutieux. Dessabler les puits et les nettoyer, reconstruire tout le système de remontée et de stockage d’eau. Mais avant cela, il était nécessaire de faire une étude pour repérer les puits stratégiques, c’est-à-dire ceux qui captent l’eau de pluie en premier et qui se trouvent sur le chemin de l’eau : le lit de l’oued de N’tissa.
Les premiers puits ont été financés par l’Union Européenne avec le soutien de l’APC (municipalité) de Bounoura. L’association a ensuite bénéficié du soutien d’autres partenaires étrangers comme le Conseil Général du Val-de-Marne.
Les puits qui sont en cours de réfection sont cofinancés par une ONG espagnole Cives Mundi.

« Ce qui est encourageant, c’est la mobilisation de la population ; au départ peu de riverains soutenaient notre démarche. Maintenant, on a une liste d’attente de puits à réhabiliter. On essaye de donner un cachet particulier à chaque puits et soigner le côté esthétique », commente Salah Baâli.

Depuis l’an 2000, un réseau maghrébin est né à Tunis : Réseau des Associations pour le Développement Durable des Oasis. Ce réseau a pour objectif de monter un programme concerté des oasis sur les thèmes de la gestion de l’eau, de la biodiversité, de la récupération des espaces oasiens, notamment au Maroc, et de l’agro-écologie. Tout cela contribue à un partage des savoirs faire. Dans ce cadre là, l’APEB va se spécialiser dans la formation en agro- écologie pour devenir un pôle de formation à travers le centre « AKRAZ » (travail de la terre en Amazigh). Ce centre est en construction et compte recevoir des étudiants d’Algérie et du Maghreb pour les former à l’agro-écologie, premier maillon de la chaîne du développement durable.

L’espace oasien ne dépend ni du domaine agricole, ni du domaine des forêts. Salah Baâli, à travers son réseau maghrébin, voudrait que les oasis soient considérées comme un domaine agro- forestier pour bénéficier des aides et des soutiens au reboisement et à l’entretien des palmeraies.

Autant dire que l’APEB a développé des compétences certaines dans le domaine du montage, de la conduite de projet et dans la mobilisation des partenaires étrangers. Une expérience qu’ils partagent volontiers, puisqu’ils organisent régulièrement des sessions de formation en direction des associations du sud algérien, sur les thèmes qui englobent la mise en place de projets, leur gestion et leur conduite.

Salah Baâli est convaincu que tout cela ne serait pas possible sans le soutien de l’APC, de la wilaya et du Madjlis Ammi Saïd, instance religieuse spécifique à la région du M’Zab.

Par ailleurs, un travail de sensibilisation à la protection de l’environnement est mené toute l’année auprès des scolaires, avec organisation de concours de dessins et sorties d’étude.