Environnement

Association de Réflexion, d’Echanges et d’Action pour l’Environnement et le Développement Durable -AREA-ED

Une nouvelle génération d’ONG L’Association de Réflexion, d’Echanges et d’Actions pour l’Environnement et le Développement Durable (AREA-ED) active depuis une dizaine d’années dans des domaines liés à l’environnement et au développement. Elle plaide pour un environnement durable et pour un ancrage des concepts environnementaux à travers des actions d’éducation et un travail de réseau dense et régulier.

Une nouvelle génération d’ONG
L’Association de Réflexion, d’Echanges et d’Actions pour l’Environnement et le Développement Durable (AREA-ED) active depuis une dizaine d’années dans des domaines liés à l’environnement et au développement. Elle plaide pour un environnement durable et pour un ancrage des concepts environnementaux à travers des actions d’éducation et un travail de réseau dense et régulier.

Le président de l’AREA-ED, Mounir Bencharif et sa collaboratrice Mira Chalal s’affairent derrière leurs écrans de PC. L’ambiance est à la concentration, avec une pointe d’inquiétude et d’agacement. Un séminaire important, qui devait être organisé en collaboration avec l’Institut national de recherche agronomique dans la wilaya de Jijel, a été annulé à la dernière minute, sur « conseil » des autorités locales. Mounir râle contre la bureaucratie qui chamboule des projets préparés des semaines durant. Des invitations ont été lancées et des experts programmés pour des ateliers et des communications. Peine perdue, le séminaire sera décalé de plusieurs semaines, et l’équipe gère tant bien que mal les tracasseries administratives qui empoisonnent, comme ailleurs, la vie du monde associatif.
L’association AREA-ED a depuis peu quitté le quartier du Golf, au centre d’Alger pour prendre ses quartiers au pied du mont Chenoua, qui abrite le port de Tipaza, à moins d’une centaine de kilomètres de la capitale. Les bureaux de l’ONG installés à l’étage d’une maison donnent sur la grande rue du village de Nador, tout proche de la mer. Une base idéale pour les activités de ces écolos algériens pointus, qui travaillent notamment sur un projet de préservation du mont Chenoua.
C’est un massif boisé dont le sommet est à 2 heures de marche à peine, et ses forêts se jettent sur une côte encore à peu près épargnée par la frénésie des travaux publics. Un sujet qui fâche réellement Mounir Bencharif : « l’administration n’arrive pas à contrôler les constructions sur la corniche du Chenoua... Et encore, ailleurs c’est pire, il n’y a pas une zone en Algérie qui soit épargnée par le pillage ou la destruction des ressources naturelles. »

Depuis sa création en 1993, l’AREA-ED a travaillé sur des petits projets de sensibilisation avant d’atteindre sa vitesse de croisière, et de cibler principalement trois questions : la protection de la biodiversité, la lutte contre la désertification et la gestion de l’eau. Elle s’est progressivement déployée sur ces trois volets avec des activités de sensibilisation, de formation, et de renforcement du mouvement associatif.

Elle collabore étroitement avec des partenaires à l’international et dans le bassin méditerranéen. L’ONG qui veut être une interface entre les acteurs de la société civile, les institutions de recherche et les décideurs, s’est vite professionnalisée. Elle s’est assurée la collaboration de professionnels, d’experts, algériens ou étrangers, d’universitaires chevronnés, qui maîtrisent leur sujet et qui s’engagent durablement, qu’ils soient forestiers ou chercheurs, ingénieurs agronomes ou enseignants. Après une quinzaine d’années d’existence, l’AREA-ED entretient un réseau diversifié et solide et, grâce à un savoir-faire technique acquis lors de formations, elle mobilise des fonds relativement importants.

Dans le domaine de l’enfance et de la jeunesse, l’AREA-ED a lancé deux programmes éducatifs :
« enfance et nature », pour renforcer les capacités du réseau d’éducation à l’environnement, et « enfance et eau », qui a mobilisé une quinzaine d’associations algériennes. L’équipe d’experts, associés à ce dernier projet, a animé des ateliers de formation et mis en place un concours éducatif.
Des petits cahiers, clairs et ludiques ont été élaborés en arabe et en français par une équipe pédagogique pour permettre à des enfants âgés de 11 à 13 ans de découvrir les enjeux de l’eau. Les ateliers et les manuels ciblent à la fois des enfants, la famille, des animateurs ou des acteurs de la gestion de l’eau au niveau local. Ces deux projets ont été financés par l’Union européenne et des compagnies privées.

Au Chenoua, le projet de développement durable dans la région, qui illustre bien le travail de l’ONG, est prévu pour une durée trois ans, avec l’appui financier de l’Union européenne et en partenariat avec une ONG italienne, la CISS (Coopération Internationale Sud-Sud). Objectif global : diminuer la pression sur les ressources naturelles en mettant en place un programme d’éducation et de sensibilisation en direction de la population, notamment les plus jeunes, mais aussi des personnes qui vivent dans le massif forestier. L’ONG veut introduire de nouvelles activités rémunératrices qui incluent la préservation dans le cadre d’un tourisme rural par exemple. Mais c’est également un tremplin pour la mise en place d’un réseau de plaidoyers sur la préservation des zones de montagne.

L’AREA-ED a également participé à la réhabilitation de la Palmeraie de Tiout, privée d’irrigation depuis de longues années. L’équipe a, cette fois, réalisé un forage en collaboration avec la population et les autorités locales pour ramener l’eau vers les palmiers centenaires. Une association, chargée de gérer l’eau et d’appuyer la réhabilitation des jardins abandonnés, a été mise en place après un long travail de préparation et de formation : « il y a toujours cet aspect politique dans la chaîne de l’écologie », explique Mounir Bencharif. « Ce qui nous intéresse, c’est d’appuyer ces gens qui ont un patrimoine et des ressources locales et qui les laissent à l’abandon. Il y a à peine 30 ans, les gens s’organisaient pour gérer leur cité et leur palmeraie ; ils sont aujourd’hui déstructurés car l’eau est le moteur. En gros, le forage a coûté 9 millions de DA. Il a été financé par une société étrangère. Avec de la bonne volonté ce financement aurait pu être trouvé localement... » .
L’AREA-ED a pleine conscience que les concepts nouveaux, qu’ils défendent, ont du mal à émerger dans un environnement complexe. C’est pour cela, que le petit groupe d’universitaires engagés a fait de la vulgarisation un volet essentiel de ses activités.

Mounir Bencharif, président de l’AREA-ED : l’un de nos points faibles est de ne pas capitaliser nos actions

Vous avez de l’influence sur les actions du gouvernement en matière d’environnement ?

On aimerait bien ! (Rires)
A Jijel, notre objectif était de réunir les acteurs de la société civile, des entreprises, des associations locales et des chercheurs avec l’administration pour discuter des problèmes de développement qui concernent la société. C’est une des formes que nous privilégions dans nos rencontres et nos ateliers. De ces ateliers peuvent sortir des décisions, des recommandations ou des plans d’action et ça peut influer sur la politique gouvernementale. Pour la question des OGM, nous avons été les premiers à en parler, dès 1999. Le ministère de l’Agriculture, qui participait à l’atelier, a immédiatement stoppé l’introduction et la culture de variétés OGM. Nous avons alors monté un projet de deux ans pour informer le public. C’est devenu une question traitée par les médias et débattue dans les universités.

Vous semblez avoir atteint un certain degré de professionnalisation avec des projets d’envergure. L’AREA-ED a atteint sa vitesse de croisière ?

Nous avons de bons résultats et nous avons stabilisé l’association. Nous avons créé des postes permanents même si c’est précaire, et toutes les ONG sont dans cette situation. Il faut être en mesure de monter des projets régulièrement et de trouver des financements pour les mettre en place.

Vous mobilisez suffisamment de fonds pour mener à bien vos projets...

Aujourd’hui et par rapport à ce que nous faisons, nous ne comptons pas sur des financements nationaux, c’est largement en deçà de nos besoins. Nous avons récemment décroché 1 million de dinars, mais cela suffit à peine pour tenir organiser un séminaire ou une action très localisée. Nous sommes donc obligés, pour mener des projets à moyen terme, de nous tourner vers des bailleurs de fonds, et dans la région méditerranéenne, le principal bailleur de fonds reste l’UE.

Comment avez-vous acquis cette expérience ? Vous avez été formés au montage de projets ?

Oui, notamment avec des ONG au niveau international. Nous maîtrisons aujourd’hui l’élaboration et la gestion de projets. L’une des premières formations de l’AREA-ED a été organisée par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Cela nous a permis de ficeler un projet et de le financer dans les mois qui ont suivi.
En fait il n’existe pas réellement de « culture du projet » dans le monde associatif algérien : avoir un objectif qui fait partie d’un objectif global. Nous apprenons à avoir un raisonnement logique sur les objectifs et les résultats, quand la majorité des associations algériennes font des tâches, et pas des activités. Nous avons appris à avoir une vision stratégique, et alors on peut aller vers le projet et le décliner en activités, et non l’inverse... Ceci dit, nous avons aussi démarré en tâtonnant, mais nous n’avons pas attendu de savoir monter des projets pour travailler. Il faut être réaliste et rationnel et ne pas hésiter à s’entourer de compétences. Dans notre cas, nous pouvons mobiliser des forestiers, la population, faire des campagnes, travailler avec des écoliers... Il y a une évolution dans le monde associatif ; certaines associations se structurent et s’aguerrissent au contact d’ONG internationales.

C’est plus facile aujourd’hui ?

J’aimerais dire que oui... Il y a peut-être plus de financements pour les associations, mais c’est juste toléré... Depuis quelques années, nous sommes dans une phase de restrictions de l’Etat qui va crescendo, c’est parfois difficile.

Est-ce que vous capitalisez votre travail et vos projets ?

Franchement, non. C’est l’un de nos points faibles. Comme pour le projet de réhabilitation de la palmeraie de Tiout (voir article), rien n’avait été prévu pour la capitalisation. Nous y réfléchissons. Ce que nous faisons actuellement pour les projets, c’est plutôt de l’archivage, ce ne sont pas des documents que nous pouvons répercuter sur le public et diffuser. Pour le projet du Chenoua, nous avons prévu des ressources pour élaborer une capitalisation ; c’est un premier pas et cela nécessite des méthodes et des ressources spécialisées.

Vous avez une production importante de documents, de manuels didactiques, mais pas de site Internet...

Internet est notre outil de travail, mais l’AREA-ED n’a effectivement pas de site. Nous avons plusieurs maquettes, et nous devons y travailler. Nous faisons des sites sur certains projets réalisés, comme le Chenoua, le projet Enfance et Nature ou l’éducation à l’environnement.