Populations vulnérables

Association d’aide, d’assistance et de promotion des droits de l’enfant malade-BESMA-

Garder le lien avec l’école

L’association de protection des droits de l’enfant malade, BESMA, a été créée en 2006 et active en faveur des enfants hospitalisés. Une petite équipe qui bataille pour un projet ambitieux « L’école à l’hôpital », et qui doit faire face au maquis bureaucratique et administratif.

Garder le lien avec l’école

L’association de protection des droits de l’enfant malade, BESMA, a été créeé en 2006 et active en faveur des enfants hospitalisés. Une petite équipe qui bataille pour un projet ambitieux « L’école à l’hôpital », et qui doit faire face au maquis bureaucratique et administratif.

Au siège de l’association BESMA, l’ambiance est bon enfant. Les membres fondateurs tiennent une réunion dans un bureau vaste et encombré, pendant que dans la pièce à côté, une dizaine de personnes - en majorité des femmes - s’affairent à emballer des jouets. L’équipe de bénévoles prépare une tournée dans quatre hôpitaux de la ville où les cadeaux seront distribués à des enfants malades au lendemain de la fête du Mouloud.

Le président de Besma, Allaoua Bouleknaf est entouré de trois dames qui dirigent chacune une commission. Une équipe de seniors, pour la plupart enseignantes et universitaires, soudée autour du « patron », qui a un peu calqué le fonctionnement de son association sur celui d’une entreprise. Ce polytechnicien de 61 ans, féru de sciences des matériaux, est ingénieur de formation. Il a longtemps été PDG d’une entreprise publique d’agro-alimentaire et a occupé divers postes de responsabilité au sein d’institutions publiques avant de se consacrer à l’enseignement et à la recherche. Il a fondé un petit centre de formation, l’Institut de sciences et de technologie qui héberge, aujourd’hui, Besma dans le quartier de Sidi Mabrouk à Constantine.

L’association a juste deux années d’existence, mais elle a déjà quatre-vingt bénévoles, des enseignants et des étudiants, qui activent sur le terrain en menant de petites opérations humanitaires. Ses membres fondateurs ont quelques années d’expérience dans le domaine des loisirs pour enfants malades. Ils agissaient auparavant au sein de Dounia, une association jumelle qu’ils ont quittée pour changer de stratégie.

L’un des projets phares de Besma, « L’école à l’hôpital » peine à se mettre en place et l’équipe doit faire face à des tracasseries administratives qui freinent son enthousiasme. L’objectif est que les enfants hospitalisés puissent poursuivre en partie leur scolarité.

Pour l’heure, l’équipe réfléchit comment contourner les difficultés administratives pour mener à bien ses projets. Fatima-Zohra Bidi, responsable de la commission médicale et enseignante à l’université de Constantine, peste contre la bureaucratie ambiante, dans un arabe châtié : « nous aimerions avoir accès aux écoles pour faire participer des enfants à nos programmes, mais la direction de l’Éducation nationale s’y oppose fermement. Au sein des hôpitaux, c’est le même discours, les associations n’y sont pas les bienvenues, sur instruction du ministère. Il faut alors batailler. Du côté des financements, ce n’est guère plus brillant. Nous fournissons des dossiers bien ficelés pour des sommes dérisoires, parfois 50.000 DA... »
Pour les dons de partenaires étrangers, Besma fait face à un casse-tête juridique. Elle a du passer par une association nationale, le Croissant Rouge, pour retirer des produits de première nécessité envoyés par un partenaire espagnol et bloqué à la douane. Une association ne peut en effet recevoir de dons de l’étranger sans autorisation préalable.
En attendant, le projet «  L’école à l’hôpital » peine à être opérationnel. Mais l’équipe ne désespère pas d’en récolter les fruits à l’automne, pour la rentrée. L’objectif est de permettre aux enfants malades de garder le lien avec l’école en leur offrant des cours de soutien scolaire et des activités ludiques, pour les aider à mieux vivre leur hospitalisation et ne pas se replier sur eux-mêmes.
L’idée principale repose sur l’aménagement d’une salle de cours équipée d’ordinateurs, d’un data-show et de matériel didactique à l’hôpital Mansourah de Constantine. Cet établissement a été choisi en raison de sa proximité avec l’Ecole normale supérieure, un véritable vivier d’enseignants qui peut alimenter le projet. Une trentaine de profs en formation, en majorité des jeunes filles, sont déjà membres de l’association. Mais des travaux de rénovation à l’hôpital et l’absence d’un local ont bloqué l’initiative.
Actuellement, un seul professeur enseigne au sein de l’établissement à raisons de deux heures par jour. Allaoua Bouleknafet juge que c’est insuffisant : « je suis un pur produit de la “classe unique”. Mais actuellement il faudrait couvrir dix niveaux, entre le primaire et le secondaire. C’est un programme lourd qui nécessite des moyens conséquents et une formation adaptée. Ce travail doit se faire en étroite collaboration avec les professionnels de la santé pour coordonner les actions en fonction de l’état de l’enfant, mais aussi avec les services de l’Education nationale. Oui bien sûr, c’est ambitieux et il faudra beaucoup de bénévoles pour couvrir près de dix niveaux, du primaire à la première année du secondaire. Mais j’y crois. Nous sommes inexpérimentés, mais en l’espace d’une année d’activité, je pense que nous pourrons inventorier les difficultés et affiner notre travail. Nous sommes actuellement en discussion avec l’ENS pour la gestion et le suivi ».
Allaoua Bouleknafet est révolté par la situation de ces enfants « qu’on laisse mourir ». Il déplore que les pouvoirs publics « ne suivent pas », alors que des associations peuvent faire diminuer cette douleur et cette souffrance : «  Il faut que ça change. Les directions de la Jeunesse et des Sports ont des moyens financiers et humains énormes, mais ils ne savent pas où les affecter, c’est terrible. Ils ont des animateurs et des formateurs en animation. Mais que forment-ils ? Des moniteurs de colonies de vacances. Il faut que ça change... Et il faut dire, et c’est malheureux, que les politiques se souviennent de l’existence des associations au moment des élections. Or nous sommes apolitiques ».
BESMA boucle son bilan de l’année 2007. Sa principale activité, en dehors des loisirs, a été de soulager des familles nécessiteuses en prenant en charge certains examens médicaux comme les scanners et les imageries par résonance magnétique (IRM). « En 2007, aucune IRM n’a été passée à l’hôpital qui a pourtant des moyens conséquents, et le scanner est en panne une fois sur deux. Les examens sont coûteux, entre 6000 et 15 000 dinars. »
Alors Besma a trouvé l’astuce. Des conventions ont été conclues avec des cliniques privées qui font des remises de près de 30 % sur chaque examen, et l’association paie le complément pour les parents qui sont réellement dans le besoin. Les médecins font appel à l’association et organisent eux-mêmes des collectes au sein de l’hôpital. Une véritable solidarité s’organise autour des enfants malades. Près de 600.000 dinars ont été consacrés à ce volet : « c’est infime par rapport au budget de l’hôpital » reconnaît Fatima-Zohra Bidi, responsable de la commission médicale et également trésorière, « mais c’est beaucoup pour nous et pour les gens les plus démunis. Et il faut souligner que le budget d’un mois en examens médicaux représente plusieurs mois d’activités de loisirs. Nous espérons que le volet médical diminue au fur et à mesure de la mise en place des projets... »
Besma finance ses projets principalement à partir de dons, mais également de petites opérations comme la vente de stylos et de calendriers qui permettent de faire de petits bénéfices et faire connaître l’association. 750 000 dinars ainsi ont été récoltés en 2007. Mais, l’objectif reste la mise en place des équipements pérennes au sein des hôpitaux, et qui profitent au plus grand nombre.