Culture, éducation, insertion

Association culturelle El Amel Constantine

Cette association culturelle s’est lancée dans l’initiation à l’informatique, un premier projet de développement local pour une jeune association de la région de Constantine.

Aziz Boudaira, profession bénévole

Aziz Boudaira dirige une association culturelle qui s’est lancée dans l’initiation à l’informatique, un premier projet de développement local pour une jeune association de la région de Constantine.

Messaoud Boujeriou est une bourgade agricole de 10 000 habitants, ceinturée de belles terres fertiles et désertes, à une quinzaine de kilomètres de Constantine. Le village, que tout le monde continue d’appeler par son ancien nom Ain Kerma, est l’une des communes les plus pauvres de la région. Le chômage y est omniprésent et les jeunes qui travaillent sont ici une minorité : ceux qui ont la chance de décrocher un emploi quittent en général le village pour ne plus y revenir. Les autres tuent le temps entre la dizaine de petits cafés qui bordent la rue principale, la mosquée et un petit cybercafé toujours bondé.

Aziz Boudaira, 31 ans, a lancé un petit projet dans sa commune pour lequel il s’est démené comme un diable. La tâche n’a pas été facile pour cet éducateur sportif municipal, qui après avoir raté son bac, a été formé à l’Ecole des cadres de la jeunesse et des sports de Constantine. Il cumule, aujourd’hui, les casquettes de bénévole en attendant un hypothétique salaire de la Direction de la jeunesse et des sports (DJS) implantées au niveau des chefs-lieux de wilaya). Il est responsable du foyer de jeunes, chargé du co-développement à la mairie et président de l’association culturelle El Amel, une structure créée sous l’impulsion de la DJS en 2003.

Au foyer de jeunes Kef Beni Hamza, qui dépend de la mairie, Aziz organise des petites activités classiques de loisirs avec les moyens du bord. Il a juste 2 ordinateurs qui ne sont pas connectés au Web et très peu de moyens. Il reçoit deux subventions de la DJS et de la Wilaya, pour un budget annuel d’environ 250 000 DA. L’année passée, le foyer a organisé un camp de vacances à Ziama Mansouria, au bord de la mer. Trente-deux enfants issus de milieux pauvres ont été sélectionnés sur plusieurs centaines de candidats. Entre l’hébergement, la restauration et le transport, le budget annuel y est passé.

Cette année, avec le petit projet du PCPA, Aziz Boudaira s’est lancé dans un programme de formation et de familiarisation au multimédia - informatique et Internet - pour enfants et adolescents. Aziz qui s’est formé lui-même au cybercafé du coin a dû secouer ciel et terre, et faire le pied de grue dans les administrations durant quatre longs mois, avant d’obtenir une ligne avec un débit correct. Un parcours du combattant : « j’ai sollicité le chef de daïra, le maire, le directeur des PTT, j’ai couru,... Alors lorsque la ligne a été installée, le 8 mars, après quatre mois d’attente, c’était un grand jour. Tout le monde attendait, mardhouni ». Il rit, en racontant que les bénéficiaires du programme l’ont harcelé, jour après jour pour savoir quand ils pourraient se connecter.

Aziz est heureux, souriant, fier de son travail. Grâce au financement, il a loué un vieux local à bon prix qu’il a remis à neuf avec un petit groupe de bénévoles ; même s’il avoue, qu’avec un chômage endémique et la pauvreté qui s’étend, il est difficile de mobiliser. Une jeune universitaire l’a aidé, notamment pour écrire en français et monter le projet. Résultat : un local moderne avec une petite vitrine, sept PC flambant neuf, achetés sur le budget, quatre tables et des chaises fournies par la DJS. Des affiches du programme ont été collées au village et dans les cafés pour lancer les inscriptions et trouver des formateurs. La nouvelle a fait le tour du village et Aziz a dü faire une sélection stricte pour faire face à l’affluence des candidats.

Saber Lekhal est l’un des trois encadreurs qui ont eu la chance d’être retenus parmi des dizaines de candidats, avec une indemnité de 10 000 DA. Une aubaine et une bonne expérience. Il est, à 22 ans, fraîchement diplômé d’un nouveau programme universitaire, un LMD (pour Licence, Master, Doctorat) de l’université de Constantine. Il en est sorti avec une licence en informatique en poche. Mais lui aussi, comme Aziz, a du apprendre à manier la souris au cybercafé, les étudiants ayant rarement accès à des ordinateurs à la Fac. Son jeune élève, Abdelbasset, est en fin de cycle moyen, en 9e année fondamentale. Il fait « du pas à pas » à l’écran, et travaille sur un petit organigramme.

Les bénéficiaires démarrent à zéro. Aziz Boudaira, lui a l’œil brillant : « ils ne vont plus pouvoir s’en passer... ». Bientôt les ordinateurs seront en réseau, et la formation sur Internet va pouvoir commencer.

135 jeunes ont déjà assisté au programme, à raison de quatre heures par semaine ; plus d’un tiers sont des filles, une gageure : « les gens me connaissent, explique Aziz, ils me font confiance, et il m’arrive d’aller à la rencontre des parents pour que les filles puissent assister aux cours. J’espère pouvoir lancer un autre projet de couture, pour celles qui n’ont pas étudié... ». La majorité des stagiaires sont des étudiants, des collégiens, des techniciens qui n’ont jamais touché un ordinateur et qui déboursent la somme symbolique de 300 dinars par trimestre pour se former.

Maintenant que la machine est lancée, Aziz réfléchit à l’avenir. Faire payer l’Internet, attirer des adhérents en leur faisant un prix, juste de quoi payer les charges : « ils veulent tous se former, ils veulent tous venir, mais ils viennent aussi et surtout pour Internet, et encore tout le monde ne sait pas que le projet existe... ». Et Aziz sait de quoi il parle, pour avoir fréquenté le cybercafé de Messaoud Boudjeriou avec assiduité. L’Internet est ici une bouffée d’oxygène, une fenêtre ouverte dans l’horizon bouché du village.