Culture, éducation, insertion

Association Nationale de Volontariat-Touiza Algérie-

« Nous avons un seul principe : la solidarité »

Touiza, association nationale de volontariat, organise des chantiers qui font appel à de jeunes volontaires pour réhabiliter et restaurer des écoles, dispensaires... Elle soutient, à travers ses projets de développement, la création d’activités génératrices de revenus. Elle structure aussi un réseau d’associations notamment à travers la formation.

« Nous avons un seul principe : la solidarité »

Touiza, association nationale de volontariat, organise des chantiers qui font appel à de jeunes volontaires pour réhabiliter et restaurer des écoles, dispensaires... Elle soutient à travers ses projets de développement la création d’activités génératrices de revenus. Elle structure aussi un réseau d’associations notamment à travers la formation.

Touiza est une association connue pour ses chantiers de volontariat, qu’elle organise à travers le territoire algérien et parfois aussi à l’étranger. M. Mekhoukh, président de Touiza, ne comprend pas que son association, pourtant nationale, ne soit pas reconnue d’utilité publique : « c’est un statut qui en réalité n’est pas clair. Cela fait des années que nous œuvrons pour l’éducation citoyenne en impliquant les jeunes dans la construction d’écoles, de dispensaires, de centres culturels... dans les zones les plus déshéritées du pays. Je crois que les associations qui travaillent à la lutte contre la pauvreté méritent d’être reconnues et encouragées ».
Au-delà des chantiers de volontariat qui constituent le cœur de l’action de Touiza, l’association s’est, petit à petit, imposée sur le terrain de la structuration d’un réseau d’associations à travers notamment la formation. Aujourd’hui, l’association s’est professionnalisée et conduit, à travers ses chefs de projets, des programmes de développement solidaire. Cela consiste en l’accompagnement de création de micro- entreprises. Les créateurs bénéficient de microcrédits qui leurs permettent de créer des activités génératrices de revenus. À titre d’exemple, un atelier de couture, de petites unités apicoles ou d’élevage d’ovins et caprins ont vu le jour grâce à ce dispositif.

Les actions de Touiza sont nombreuses. Elles sont réalisées en partenariat avec Touiza Solidarité, basée à Marseille, et Touiza Espagne. M. Mekhoukh insiste sur le travail de partenariat engagé avec les collectivités locales de plusieurs villes en Algérie. « Nous avons même organisé en partenariat avec Touiza Solidarité une formation des élus des collectivités locales algériennes, en France. On pense que c’est important de promouvoir un mode de gouvernance qui implique la population dans les prises de décision des communes. », commente-t-il, et d’ajouter : « de même que nous avons aussi organisé un séminaire pour capitaliser les actions de solidarité autour du séisme de Boumerdès et de ses environs, nous avons lancé dans ce cadre là, la formation de techniciens en catastrophes : certificat de secouriste et aide humanitaire pour anticiper et mieux structurer l’aide en cas de nouvelles catastrophes ».

Néanmoins l’association n’oublie pas sa vocation première : être une école citoyenne à travers l’organisation de chantiers de volontariat. Le dernier en date, organisé à Tamanrasset, consistait à réhabiliter une école. Cela a permis aux jeunes de connaître les populations du sud algérien, ainsi que l’environnement associatif et culturel à travers, le Festival International de musique Tin-Hinan.

Nassima Lounès, chef de projet formation : « je voulais à travers mon engagement contribuer à changer les mentalités ».

Le parcours de Nassima au sein de l’association Touiza est exemplaire. Elle commence en tant que volontaire sur les chantiers de Touiza et devient bénévole en 1996. Elle occupe des années de suite, différents postes au sein du bureau. Elle est, aujourd’hui, salariée de l’association.

Vous semblez vous - être complètement investie dans l’association Touiza ?

Nassima Lounès : oui je peux dire que je suis aujourd’hui épanouie dans mon travail au sein de l’association. Je connais Touiza depuis plus de douze ans et j’ai vécu son évolution. Peut être ai-je évolué avec elle ?

Vous avez commencé dans l’association en tant que volontaire, qu’est-ce que cela vous a apporté ? En sachant que le travail de volontaire consiste à aller sur des chantiers et à s’absenter dix à quinze jours de son domicile ?

À la base je suis une révoltée. J’étais fascinée par le monde des associations. J’ai fait le choix de m’investir dans le milieu associatif. J’étais enseignante d’anglais. Il y avait une sorte d’utopie, je voulais à travers cet engagement contribuer à changer les mentalités... surtout concernant le statut des femmes. Je voulais prouver que les femmes aussi ont leur place dans la société et qu’elles sont capables de réussir en occupant des postes de responsabilité.

Qu’est ce que cela vous a apporté ?

C’est inestimable. J’ai appris tant de choses. Dans les chantiers de volontariat, on apprend ce qu’est la socialisation. Les garçons et les filles partagent toutes les tâches. Les garçons ont leur tour de vaisselle, et les filles leur tour de maçonnerie. Cela a été notre première école citoyenne. On découvre la culture des autres et on apprend surtout à vivre avec des personnes très différentes de nous. Et puis, on a la responsabilité d’un chantier. On se sent utile.

Aujourd’hui on se rencontre dans le cadre d’une formation sur « l’intégration du genre dans les projets de développement » et, vous êtes chef de projet formation. Alors comment êtes-vous passée de volontaire, à bénévole, ensuite salariée de l’association ?

Oui, dit comme cela, je vois le chemin parcouru et franchement j’ai toujours été soutenue par les membres de Touiza. J’ai l’impression que mon travail a évolué en même temps que l’association. Touiza a connu des mutations qui ont forcément conduit à la professionnalisation. Je suis passée par plusieurs postes au sein du bureau ; j’ai même occupé le poste de déléguée générale (directrice). Je coordonnais à cette époque toutes les activités. Je suis depuis quelques années déjà responsable de la formation. J’ai quitté mon travail d’enseignante et me consacre à présent entièrement à la mise en place et au suivi de projets au sein de Touiza.

Et pour cela vous avez été formée ?

Oui. Le principe consiste à former tout le staff de Touiza avant de proposer des formations aux autres associations. Par exemple, nous développons aujourd’hui, un projet en partenariat avec CIDEAL (un organisme de coopération espagnol) pour renforcer les capacités des associations par la formation. Cela passe par des formations à la gestion, au montage de projets... Ce projet d’appui au développement des associations est à destination des trois pays du Maghreb et s’échelonne sur quatre ans.

Parlez-moi de la question du genre dans les associations, quelle est votre approche ?

La formation est dispensée par une intervenante française spécialisée dans les questions du genre. Vingt associations venant des quatre régions du pays participent à cette formation. Le but est d’aider à réduire les inégalités entre les hommes et les femmes au sein des projets de développement et par ricochet au sein de la société. Cette formation est destinée aux bénévoles et aux salariés des associations. Nous assurons aussi le suivi des projets. Nous suivons le schéma suivant : formation, aide au montage de projet et aide aux recherches de financement des projets.

Participez-vous, quelque part, à la professionnalisation des associations et à l’émergence de nouvelles pratiques au sein des associations ?

Oui avec le soutien des ONG internationales. Le PNUD, par exemple, a financé notre programme de soutien des projets de création d’activités génératrices de revenus. L’idée est de soutenir des porteurs et des porteuses de projets et les aider à sortir de la précarité en créant des entreprises, aussi bien dans le milieu rural que dans le milieu urbain. En réalité, c’est un programme de lutte contre la pauvreté. Et nous savons bien que les femmes sont les premières touchées.

Quels résultats percevez-vous sur le plan personnel ?

J’ai acquis des compétences qui me font me sentir aujourd’hui épanouie. Je transmets mon expérience, et quand je vois naître un atelier de couture ou bien une pépinière, je me dis que mon rêve de permettre aux femmes d’être autonomes se réalise petit à petit