Culture, éducation, insertion

Association Amusnaw

Une médiathèque au service des droits humains

L’association Amusnaw (Le Lettré) développe de nombreuses actions au sein de sa médiathèque. Elle mène des actions de plaidoyer pour l’égalité entre les hommes et les femmes ; agît contre la violence faite aux enfants et aux femmes à travers sa cellule d’écoute ; et construit un projet de tourisme solidaire en vu d’aider les femmes rurales à mettre en place des activités génératrices de revenus.

Notre arrivée à Tizi-Ouzou a commencé par une visite au siège de l’APC.
Accompagnées de Ferroudja Moussaoui, coordinatrice de l’association Amusnaw, deux avocates venues d’Alger souhaitaient rencontrer un agent de l’APC pour lui poser une série de questions, sur les procédures actuelles de conclusion de contrat de mariage.

L’objectif de ce questionnaire est l’élaboration par les associations partenaires de ce projet, d’un contrat de mariage type, qui pourrait aider les couples, et plus particulièrement les femmes, à poser des conditions avant de contracter un mariage. Ce projet de recherche est financé par Global Rights, une ONG américaine.

Cette action se veut un des biais, que Amusnaw considère comme innovant, pour sensibiliser femmes et hommes à la question du droit et éviter les drames et les abus subis par les femmes à cause du code de la famille en vigueur. « La femme pourra, par exemple, poser comme condition dans le contrat de mariage de garder son travail ou de poursuivre ses études après le mariage. Cela peut concerner aussi bien le domicile conjugal que le patrimoine financier des deux conjoints », commente Ferroudja.

L’agent de l’APC, qui est en l’occurrence une femme, ne comprenait pas la nécessité d’établir un contrat. Selon elle l’acte de mariage suffit et le couple peut poser les conditions en dehors du cadre contractuel. Les deux avocates qui ont conduit l’entretien, constatent qu’un long travail reste à faire pour sensibiliser les agents de l’administration sur l’importance d’informer les citoyens et les citoyennes de leurs droits.

De retour à la médiathèque située au cœur du centre ville, tout près de la poste, Ferroudja et El Hachimi son collègue coordinateur, racontent l’aventure riche et tumultueuse de Amusnaw. Une association qui compte 6 salariés. Il faut bien cela pour réaliser le programme très diversifié de la structure. Ils sont présents sur tous les fronts et jouent un rôle important dans la structuration d’un réseau d’associations dans la région de Tizi-Ouzou, par la formation et la collaboration à la construction de partenariats.

« Pour nous il est très important de travailler en réseau ; pour cela, nous réalisons, grâce à notre expérience et capacité de mobiliser des partenaires financiers, des formations en direction des acteurs associatifs de la région de Tizi-Ouzou. Nous n’hésitons pas à envoyer nos salariés ou nos bénévoles se former avec l’association Touiza à Alger et parfois même à l’étranger », raconte El Hachimi.
Ferroudja Moussaoui possède, à son actif, un long parcours militant. Plus particulièrement sur les questions des droits des femmes et l’identité culturelle amazighe.

Elle a été une des fondatrices du collectif « Les femmes du printemps noir » qui collabore régulièrement avec l’association Amusnaw. Ce collectif est né suite aux évènements tragiques qu’a connus la Kabylie au printemps 2001. Les manifestations pour la commémoration du printemps Berbère ont été réprimées et ont fait de nombreuses victimes. Ferroudja n’est pas arrivée au poste de coordinatrice de l’association par hasard. Elle s’est toujours sentie investie du devoir de l’engagement citoyen.

Ferroudja et El Hachimi se sont impliqués également dans la coordination d’une action en partenariat avec le collectif « des femmes du printemps noir », et l’association Tharwa N’Fadhma N’Soumer. Cette action consiste en l’élaboration d’une plate-forme de proposition d’articles pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Un travail de recueil de propositions de lois se fait sur le terrain avec les femmes des villes et des villages. D’ailleurs une réunion avec les femmes d’Ath Hichem (commune de Ain El Hammam) s’est tenue autour des festivités du 8 mars ; elle a rassemblé de nombreuses femmes de tout âge, intéressées par le sujet et porteuses de propositions enrichissantes pour le projet.

« Tout n’est pas gagné, le chemin pour l’acquisition des droits égalitaires entre les hommes et les femmes est encore long malgré les luttes des femmes qui n’ont jamais cessé dans le pays », argumente Ferroudja et elle rajoute : « nous sommes conscientes que nous sommes la continuité de la formidable mobilisation des femmes des années quatre-vingt dix, mais nous travaillons autrement. Le contexte n’est plus le même »

C’est pour les mêmes objectifs, que Amusnaw a initié un projet de « Bus des Droits Humains », soutenu pas la Commission Européenne, et qui consiste à organiser des tournées dans les villes et villages pour sensibiliser les populations aux Droits Humains, contribuer à l’amélioration de la condition de la femme et de l’enfant, et attirer l’attention des autorités compétentes sur la situation de la femme et de l’enfant.

Des débats et discussions sont organisés sur les violences faites aux femmes, pour pousser les personnes victimes de toutes les formes de violence à se manifeste, afin que ces crimes ne restent pas impunis. « Petit à petit, et malgré le poids des mentalités qui reste très fort dans la société, des choses bougent, des femmes prennent conscience de l’importance de faire valoir leur droit à la dignité », plaide Ferroudja.

Dans la médiathèque, mise en place grâce au soutien de l’Union Européenne, il y a de nombreuses propositions d’activités pour le public. L’espace multimédia comprend des formations en bureautique, Internet, infographie, montage vidéo, du soutien scolaire... La promotion de la lecture publique se fait à dans la bibliothèque dotée de nombreux volumes.

Une Cellule d’écoute apporte assistance psychologique et juridique aux femmes et aux enfants victimes de violences. Cette action est soutenue par le Fonds pour les Droits Humains Mondiaux et permet d’aider à lever les tabous qui entourent des sujets sensibles comme l’inceste ou le viol.

Sur un tout autre registre, mais qui n’est pas moins lié au reste, Amusnaw soutient et accompagne la mise en place du tourisme solidaire en Kabylie, en valorisant le patrimoine géographique, culturel et artistique à travers par exemple la redynamisation de l’artisanat local.

Ce projet, en cours de réalisation, est monté en partenariat avec le collectif des « Femmes du Printemps noir » et Forum Femmes Méditerranée de Marseille ; il est soutenu par l’ambassade de France en Algérie. Les comités des villages, concernés par ce projet, ainsi que les artisanes participent activement au développement des différents objectifs.

Il s’agit de créer des activités génératrices de revenus pour les femmes artisanes, les soutenir pour qu’elles puissent se déclarer auprès de la sécurité sociale, tout cela pour aider petit à petit à la structuration de ce pôle professionnel qui demeure informel dans ces villages.

Par ailleurs, l’association travaille à la mise en place de gîtes solidaires et organise des formations de guides accompagnateurs. Ce nouveau champ d’action, qui se développe de plus en plus, mérite toute l’attention des financeurs publics. Les associations locales des villages avoisinant Tizi-Ouzou voient cela comme une vraie opportunité à saisir pour le développement économique et humain de leur village.