Culture, éducation, insertion

Association Algérienne pour la Protection de la Santé de l’Enfant -AAPSE-

L’école de la deuxième chance

L’Association Algérienne pour la Protection de la Santé de l’Enfant se consacre entièrement au projet de « l’école de la deuxième chance ». Cette école prend en charge les jeunes, de plus de seize ans, exclus du système scolaire.

L’école de la deuxième chance

L’Association Algérienne pour la Protection de la Santé de l’Enfant se consacre entièrement au projet de « l’école de la deuxième chance ». Cette école prend en charge les jeunes, de plus de seize ans, exclus du système scolaire.

L’école de la deuxième chance est basée à Bab-Ezzouar (banlieue Est d’Alger). Elle regroupe une quarantaine de jeunes, filles et garçons, recalés du système scolaire, âgés de plus de 16 ans.

Dans cet entretien, Salima Deramchi, présidente de l’APSE, médecin de formation et aujourd’hui consultante, éclaircit certains points concernant son association : « notre association s’occupe de la santé au sens large. Il s’agit de travailler sur l’éducation citoyenne, sur les droits de l’enfant et de la personne humaine ».
Cette expérience qui a commencé en 2003 est la première du genre en Algérie.

Salima avec son franc-parler, raconte cette aventure qu’elle compte bien pérenniser. Aujourd’hui le travail de l’association est centré sur l’activité menée au sein de l’école de la deuxième chance.

Je crois que c’est la première expérience en Algérie. Comment vous est venue cette idée ?

Au départ on était un groupe de militants de gauche, soucieux d’agir dans notre société pour sensibiliser les jeunes aux actes citoyens, tout en leur inculquant des valeurs. L’école est née en 2003. Mais l’association avait à son actif une grande expérience auprès des jeunes. Nous nous sommes créées, comme beaucoup d’associations, en 1989. La nouvelle loi sur les associations nous a permis d’être régularisés. On appelait cela « l’ouverture démocratique ».

En 1990, à partir d’une étude de terrain sur les jeunes et la drogue, nous avons commencé à agir en direction des jeunes d’Alger pour les aider à abandonner la consommation de stupéfiants. À l’époque, nous avions privilégié de sensibiliser ces jeunes au travers de spots audiovisuels que nous avions produit pour être diffusés à la télévision algérienne. On avait aussi réalisé une campagne de sensibilisation aux moyens de contraception.

De quelle manière avez-vous travaillé avec les jeunes ?

Cela consistait à organiser des week-ends avec les jeunes dans des villes, loin d’Alger ; par exemple Boussaâda. Lors de ces visites dans les villes et les villages, les jeunes discutaient de leur expérience avec d’autres jeunes. Notre objectif étant qu’après notre départ, des collectifs locaux naissent pour poursuivre le travail de terrain.

Et vous continuez à faire ce travail maintenant ?

Oh non... Les choses ont bien changé. Depuis 1992, avec la dégradation de la situation sécuritaire, nous avons vécu, comme plein d’autres associations, une dislocation. Ce passage à vide nous a peut être permis de nous recentrer. Nous avons réfléchi au meilleur moyen de continuer notre travail, mais ce n’était pas facile. Le contexte des années 1990 était très dur et la violence quotidienne ne nous permettait pas d’envisager des actions.

Revenons à l’école de la deuxième chance, comment est-elle née ?

Avec les membres de l’association nous avons pensé agir dans une commune d’Alger réputée pour la délinquance et l’errance des jeunes. Sans parler de la propagande islamiste. Nous avons ouvert deux classes dans des locaux à Bab-Ezzouar. La première promotion comprenait quarante élèves de plus de seize ans exclus du système scolaire. Nous avons procédé, d’abord, à une remise à niveau pour préparer les élèves à passer les concours des centres de formation professionnelle.

Quel est le profil des enseignants qui les encadrent ?

Nous avons réalisé un diagnostic et avons fait le constat suivant : les jeunes exclus ne peuvent pas avoir en face d’eux des enseignants de l’éducation nationale. Situation qui risquerait de leur rappeler leur échec. On a préféré recruter des étudiants en fin de cycle ou bien au chômage pour encadrer les jeunes. Ces étudiants sont formés à notre méthode qui consiste à donner aux jeunes une éducation civique et à les rendre responsables de leur destin. On sait que ces jeunes ont été recalés pour des raisons diverses de manque de moyens ou de méthodes pédagogiques qui ne correspondent pas à leur profil de jeunes en difficulté. Et puis notre principe de base est de responsabiliser le jeune. De l’impliquer dans la gestion de l’école.

Comment travaillez-vous avec l’environnement de cette école ?

Nous avons le soutien des parents qui comprennent notre démarche, et les commerçants de proximité, avec qui nous avons de très bonnes relations, nous aident lorsque nous avons besoin d’organiser des sorties. Ils font des donations. Le responsable de l’école est un psychologue, il habite au-dessus de l’école. Cela en facilite la gestion. Comme je le disais, les jeunes gèrent eux même leur lieu. Ils le nettoient et en prennent soin car ils sentent que c’est à eux. Ils sont même autorisés à venir le soir faire leurs devoirs ou bien jouer. L’école fait vraiment partie du quartier. D’ailleurs, lors du séisme de 2003, les locaux de l’école sont devenus le quartier général de l’organisation des secours.

Au-delà de l’aspect pédagogique et citoyen, organisez-vous d’autres activités avec les jeunes ?

Oui, nous avons la chance d’avoir à notre disposition un mini bus. Les sorties sont donc facilitées. Nous allons au musée du Bardo, à la plage avec ou sans les parents... Je vais vous faire rire : nous avons organisé une sortie à la cinémathèque d’Alger pour voir ensemble un film. C’était la première fois que ces jeunes voyaient un film sur grand écran. Ils ont été impressionnés !

Je suppose que les parents n’ont pas les moyens de payer la scolarité de leur enfant. Comment financez vous cette école ?

Les trois premières années, nous avons été soutenus par une association française, la CIMADE, au travers d’un dispositif du Ministère français des Affaires Etrangères. Nous avons pu tisser un partenariat avec la mairie de Cergy, en Ile-de-France, et nous continuons à rechercher d’autres financements.

Quel est le taux de réussite de votre école ?

80 % de réussite, avec parfois des élèves qui restent deux ans à cause de leur niveau très faible. Dans la majorité des cas, nous arrivons à trouver à ces jeunes des places en apprentissage. Notre fierté, c’est la réussite d’un des jeunes au concours du CFPA (Centre de Formation Professionnelle). Il a été classé major de promo. Grâce à ses résultats, il a pu intégrer un lycée technique. Je suis fière de voir ces jeunes que tout le monde nomme « voyous » réussir et trouver du travail. Parfois les anciens élèves reviennent pour transmettre leur expérience et parler de leur parcours. On ne les oblige pas. C’est sur la base du volontariat qu’ils nous rejoignent.


Vous parlez de principes dans lesquels baignent les jeunes dans l’école. Pourriez-vous citer les plus importants, ceux que vous défendez le plus ?

D’abord l’égalité homme-femme. Dès le départ, je tenais à ce que l’association soit mixte. Maintenant il y a plus de filles que de garçons. Nous développons le sens des responsabilités. Notre but est de faire de ces jeunes des citoyens qui s’impliquent dans la vie de leur cité ; qui prennent soin de la propreté et de la sécurité de leurs immeubles. Evidemment au sein de l’école, nous insistons sur le fait que les convictions politiques et religieuses de chacun doivent rester dans le domaine du privé et ne pas interférer dans l’enseignement. Nous sommes très attachés à la culture et à la solidarité et veillons à ce que ce soit partagé par le plus grand nombre. Quand je parle de solidarité, j’entends, par là, des activités très concrètes. Les élèves rendent visite régulièrement aux personnes âgées qui vivent non loin de l’école, en hospice. Ils les lavent, les coiffent, les divertissent... C’est l’éducation citoyenne que nous défendons.

Et comment comptez vous transmettre aux élèves toutes ces valeurs ?

Cela se fait au quotidien et par l’exemple donné de notre comportement. Quand je parle d’égalité homme-femme, nous commençons par nous-mêmes. Les encadreurs et les administrateurs agissent tous les jours dans le sens de donner l’exemple.

Des projets ?

Pérenniser cette action, renforcer nos équipes par la formation, réaliser un film documentaire pour capitaliser notre expérience et diffuser notre savoir faire.