Populations vulnérables

Association Algérienne Enfance et Familles d’Accueil Bénévole -AAEFAB-

Chaque enfant a droit à une famille

L’Association Algérienne Enfance et Familles d’Accueil Bénévole (AAEFAB) existe depuis 1985. Ses membres se sont mobilisés pour développer les moyens d’accueillir, dans deux pouponnières, des nourrissons abandonnés et de leur trouver des familles d’accueil. Pour cela, l’AAEFAB milite pour l’évolution de la loi en matière d’abandon de l’enfant et de la loi sur la Kafala.

Chaque enfant a droit à une famille

L’Association Algérienne Enfance et Familles d’Accueil Bénévole (AAEFAB) existe depuis 1985. Ses membres se sont mobilisés pour développer les moyens d’accueillir, dans deux pouponnières, des nourrissons abandonnés et de leur trouver des familles d’accueil. Pour cela, l’AAEFAB milite pour l’évolution de la loi en matière d’abandon de l’enfant et de la loi sur la Kafala.

L’AAEFAB travaille depuis 1985 pour apporter le meilleur accueil possible aux enfants abandonnés. Pour ce faire, deux pouponnières ont été ouvertes et aménagées selon les méthodes de la prise en charge développée par l’association. L’une de ces pouponnières est située à Hadjout, dans la wilaya de Tipaza et l’autre à Palm Beach, dans la wilaya d’Alger.

Ces deux pouponnières reçoivent des nourrissons abandonnés par leurs mamans. 110 bébés ont été admis en 2006 et 112 en 2007.

Le principe de l’association est de garder les bébés trois mois en pouponnière, délai légal au cours duquel la maman peut reprendre son enfant. Celle-ci est encouragée à venir, le plus possible, visiter son enfant lorsque ses conditions le lui permettent. Au-delà du délai de trois mois, parfois jusqu’à un an, ils sont placés dans une famille qui est en demande de kafala. Les bébés sont parfois gardés, un an, au cas où la maman le demande. Les membres de l’AAEFAB privilégient cette démarche, mais qui n’est malheureusement pas très répandue vu la situation désastreuse des mères qui abandonnent leurs enfants. Elles sont pour la plupart jeunes, célibataires et issues de familles conservatrices qui refusent pour leur fille le statut de mère célibataire. Ce tabou pèse encore lourdement sur la société. Mais les chiffres sont encourageants : 25 % des nourrissons sont repris par leur mère, 75 % trouvent des familles d’accueil.

Reste le problème des enfants handicapés qui ne trouvent malheureusement pas de famille d’accueil et qui grandissent dans la pouponnière faute de structures adaptées à leur prise en charge.

L’AAEFAB a réellement fait avancer les pratiques en matière de kafala. Que ce soit sur le plan de la prise en charge du nourrisson dès qu’il lui est confié par l’hôpital où il a été abandonné, mais aussi en faisant du lobbying pour améliorer les conditions de la kafala.

En effet, la loi sur la Kafala a évolué depuis 1992 par un décret reposant sur une fatwa du haut Conseil islamique. Cette nouvelle disposition juridique permet à l’enfant Makfoul de porter le nom des parents kafile. Ceci est une grande avancée. Aujourd’hui, les parents souhaitent que l’enfant adopté soit inscrit sur le livret de famille. Une autre bataille à gagner !

L’association a milité pour que ce sujet devienne public et pour que la société civile se saisisse de la problématique des mères célibataires. La réalité est là ; les relations sexuelles hors mariages sont punies par la loi musulmane. Si la grossesse de la jeune fille se sait, les familles se sentent déshonorées, elles sont stigmatisées. C’est pour cela que la plupart du temps les grossesses sont dissimulées. La disposition qui permet à ces jeunes filles l’accouchement sous X à l’hôpital est très appréciée par l’AAEFAB. Cela permet aux nouveau- nés de naître dans des conditions correctes et d’être placés dans des pouponnières.
En matière de prise en charge du nouveau né abandonné, les deux établissements de l’AAEFAB ont développé une approche particulière qu’ils tentent, à travers leur centre de formation, de diffuser. Il s’agit de la méthode Loczy, développée à Budapest. Les membres de cette association, séduits par cette méthode, ont formé tout leur personnel et ont entamé peu à peu le travail d’adaptation de cette méthode ; ce qui a pris plusieurs années. La base de cette méthode est la mise en place d’un accueil qui prévienne les carences affectives des nourrissons. Cette approche casse les idées reçues selon lesquelles on ne peut pas apporter un entourage affectif au bébé vivant en institution.

La formation des « berceuses », est le maillon essentiel de la mise en place de cette nouvelle méthode. Le métier de berceuse, il faut le dire, a été inventé par l’AAEFAB. Ces jeunes filles sont sélectionnées sur la base du niveau d’étude et de la motivation. Elles sont formées pendant 3 mois avant d’être recrutées. Dès qu’elles sont en poste, chacune d’elles s’occupe de 6 nourrissons. La relation berceuse - nourrisson est privilégiée. L’autonomie du bébé est travaillée en même temps qu’une attention particulière est donnée à chaque enfant : lors de chaque temps de soin (il y en a quatre dans la journée) la berceuse consacre 30 minutes à chaque bébé. C’est un moment important où le bébé reçoit toute l’affection et l’attention possibles. En plus le rythme de l’enfant est respecté. Il y a ceux qui reçoivent la visite régulière de leur mamans d’autres pas... tous ces éléments doivent être pris en compte », commente Mme Tayeb, la directrice du centre de ressources de l’AAEFAB.

Dés qu’un bébé trouve une famille d’accueil après les trois mois réglementaires, la berceuse assure la transition du bébé de la pouponnière vers sa nouvelle famille. Elle veille à la transmission de l’histoire de l’enfant depuis son arrivée à la pouponnière. Chaque détail est important pour que les futurs parents fassent connaissance avec leur futur enfant. Cette méthode a donné de très bons résultats.
L’AAEFAB poursuit l’accompagnement des parents après la procédure d’adoption. Certains parents souhaitent, en effet, revenir à l’association pour échanger. Pour cela, des rencontres thématiques sont organisées pour permettre le partage d’expérience. Certains parents sont demandeurs de discussions sur le moment opportun pour annoncer à leur enfant qu’il a été adopté. L’AAEFAB pense qu’il est très important d’apporter un soutien à ces familles qui souhaitent que l’adoption se passe le mieux possible. Cela permet également à de futurs parents kafils de prendre connaissance des procédures de kafala et d’en parler avec d’autres parents qui en ont déjà fait la démarche et qui peuvent partager leur vécu.
Le volet formation est très important aussi au sein de l’AAEFAB. C’est dans le centre de Palm Beach que la formation de futures berceuses venues de plusieurs régions d’Algérie, se déroule. Un internat est prévu à cet effet. Cette formation en alternance dure neuf mois. Chaque promotion comprend douze stagiaires. Les pouponnières étatiques envoient des stagiaires, ce qui permet à l’AAEFAB de diffuser sa méthode et d’accompagner les pouponnières qui demandent à intégrer de nouvelles pratiques d’accueil pour les enfants abandonnés. Cependant, une fois qu’elles sont en poste, il arrive que les stagiaires formées rencontrent certaines difficultés à appliquer sur le terrain la méthode de l’AAEFAB.

L’équipe d’encadrement est constituée de huit formateurs de différentes spécialités : pédiatres, puéricultrices, psychologues et assistantes sociales. Un projet important a été mis en place, il s’agit du centre de ressources qui est situé dans le Parc des Loisirs de Ben-Aknoun à Alger. Ce projet est le fruit d’un partenariat avec des ONG françaises dans le cadre de la création d’un Institut Méditerranéen de la Petite Enfance à Alger. Il comporte un fonds documentaire spécialisé sur la petite enfance, un pôle multimédia qui est ouvert aux étudiants, aux chercheurs et aux acteurs qui travaillent sur la petite enfance. Il a également pour vocation d’animer un réseau de professionnels de la petite enfance.